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LE RÊVE AMÉRICAIN PERSISTE : LA PREUVE EN 10 SHOWS

Revue du web

En dépit du climat anxiogène de ces derniers mois, on a trouvé de l’autre côté de l’Atlantique des séries qui font du bien. Nos cousins d’Amérique produisent plus que jamais de la fiction qui fait réfléchir, qui fait avancer et qui rend heureux.

1.  BETTER THINGS (FX/OCS)

créée en 2016 par Pamela Adlon et Louis C.K.

Sam, actrice Hollywoodienne de notoriété moyenne et mère célibataire de trois enfants, est la femme franche, complexe, pleine de bonne volonté mais qui ne se laisse pas faire, dont Better Things dresse le très touchant et nuancé portrait. Elle est tout simplement LE super-héros de l’année.

Pamela Adlon, collaboratrice, co-auteur et muse de Louis C.K., prend le devant de la scène pour incarner une version d’elle-même sans aucune complaisance et délivrer une série qu’on espérait excellente et qui s’avère transcendante… mais tout en douceur. Défiant tous les codes sériels, Better Things n’a pas vraiment d’intrigue comme dans une sitcom habituelle, elle raconte le quotidien d’une maman qui tente d’élever bien 3 filles, sans entièrement compromettre ses principes, sa dignité et son droit de vivre. Une représentation d’une honnêteté écorchante des réalités d’une vie de femme.

Malgré son ADN, ce n’est pas une autre Louie que nous découvrons, mais une nouvelle Roseanne, comme elle Better Things est d’une franchise désarmante et souvent mordante mais totalement dénuée de cynisme. Si ses personnages usent de sarcasme virant parfois dans le sardonique c’est pour survivre aux mille et une minuscules catastrophes de la vie. En partageant la vie de Sam, de ses semi-échecs à ses victoires relatives, on se prend d’amour pour elle. On lui pardonne même de nous briser parfois le coeur puisqu’elle nous console aussi en nous démontrant la beauté subtile mais perçante de la vie ordinaire. Les absurdités de la charge maternelle et du quotidien d’une actrice de plus de 40 ans à Hollywood, sont autant de preuve de l’amour de Sam pour ses filles et son métier. Jamais victime, elle essaie tout simplement de faire de son mieux… de faire toujours un peu mieux…

La série accomplit une prouesse rare, atomiser les mythes de la fiction aseptisée habituelle sans les remplacer par une réalité glaçante. On sort de Better Things réchauffé, rassuré sur le fait que la vraie vie dans son bordel et ses incertitudes peut être bien plus agréable à vivre qu’un conte de fée de sitcom. Tout finit bien ici, non pas parce que tout est parfait mais parce que Sam accepte de vivre avec l’imparfait et qu’elle n’utilise pas les difficultés de son quotidien pour en vouloir au reste du monde ou le faire payer à ses proches. En bref, en 2017 on devrait tous aspirer à ressembler un peu plus à Sam, super-héros de tous les jours.

Dans la même catégorie… la remarquable, et beaucoup plus remarquée Atlanta qui parle d’une autre tranche de la population qui ne se réjouit pas du résultat des dernières élections : les noirs américains pauvres. Diffusé en tandem avec Better Things, elle est tout aussi personnelle et fortement influencée par la vie de son acteur principal co-auteur Donald Glover (Troy dans Community). Un peu plus absurde et déconstruite, c’est une des séries d’auteur de l’année… mais elle rend un peu moins heureux que sa sœur.

On a aussi une pensée pour le « vrai » super-héros de l’année Luke Cage (Netflix) qui tire son épingle du jeu en assumant une immersion dans la culture noire de Harlem, dans sa diversité et sa complexité, du jazz au Hip Hop en passant par le Barber Shop. Il rappelle aussi la dimension métaphorique politique de ce genre d’histoires en créant un justicier noir habillé en hoodie impossible à abattre par balle.

  1. MOM (CBS/COMÉDIE+)

créée en 2013 par Chuck Lorre, Eddie Gorodetsky et Gemma Baker

 

A l’heure des premiers épisodes, on espérait sur Tess Mag que la série ait l’audace de son sujet: Christy (Anna Faris) et sa mère Bonnie (Allison Janney) sont toutes deux alcooliques en rémission. Sans argent, sans éducation, mères célibataires… elles entretiennent une relation  pleine de ressentiment et de colère. Pourtant, leurs circonstances, notamment économiques, les forcent à partager leurs vies. Un concept qui pourrait autant servir de point de départ à une sitcom qu’à un mélodrame et qui méritait un traitement honnête et nuancé.

A présent au milieu de sa quatrième saison, la série n’a pas seulement relevé le défi d’adresser frontalement la réalité de leur situation, elle a dépassé tout ce qu’il était convenu d’attendre d’une sitcom traditionnelle diffusée sur la chaîne la plus regardée d’Amérique.

Mais au-delà de toutes ses vertus narratives et sociales, Mom est aussi une des séries les plus drôles de la télé et son humour vient tout droit de sa subversivité. La série et ceux qui l’habitent rient sans scrupules de la difficulté et de la monotonie du quotidien d’addicts repentis sans se priver de verser parfois subitement dans le tragique avec une virtuosité surprenante. Elle a aussi eu l’intelligence d’élargir le cercle de ses joueurs à un groupe de femmes diverses, toutes au-delà de la trentaine, l’équivalent d’une licorne télévisuelle.

Mom redéfinit ce qu’une comédie peut incarner. Elle surprend, transgresse et explore le genre humain en ayant le courage d’avoir du coeur et sans jamais éprouver le besoin d’avoir recours à la nudité gratuite, aux meurtres, ou aux jeux de trônes…

Dans la même catégorie… The Big Bang Theory (CBS), l’autre production actuelle de Chuck Lorre, est moins grave et révolutionnaire mais elle reste systématiquement drôle et ose faire grandir, vieillir et avancer ses personnages. Et cela reste la seule série qui donne une vraie place à cet archétype cruellement sous-servi depuis que Liz Lemon a disparu: LA nerd.

  1.  SEARCH PARTY (TBS)

créée en 2016 par Sarah-Violet Bliss, Charles Rogers and Michael Showalter

Petit ovni, entre la satire sociale, le mystère et la comédie d’erreurs, Search Party est aussi charmante, intrigante et addictive que son actrice principale Alia Shawkat (Maybe dans Arrested Development). Paumée dans une vie de semi-hipster New-Yorkaise, sans réelle ambition ou vocation, Dory se prend au jeu de detective après avoir découvert la disparition subite d’une vague connaissance d’université. Une exploration de l’ennui moderne des fameux milennials de la bulle ultra-progressiste des côtes (Est en l’occurence), Search Party est un peu un Girls avec une histoire (sans vouloir égratigner une série dont la dernière saison en date était probablement sa meilleure).

Plutôt que de se moquer de cette jeunesse, la série problématise son rapport avec l’héritage d’une conscience sociale dont elle ne comprend pas les enjeux et qui s’est transformé en une auto-complaisance endémique, où plutôt que d’être un outil de tolérance et d’ouverture le politiquement correct n’est que le vernis écaillé d’une mesquinerie individualiste ancestrale.

Féroce avec ses personnages, Search Party, ne s’arrête pourtant pas aux clichés qu’ils incarnent. Au fil de la saison elle sait aussi se montrer humaine et nous faire compatir avec leurs crises existentielles de pacotille et finalement nous faire relativiser les nôtres.

Dans la même catégorie… les autres bijoux de TBS, produit de l’aggressive politique de la chaîne qui tient à s’imposer comme un espace de comédie et d’innovation. Parmi les succès de 2016: l’indispensable Full Frontal with Samantha Bee, la satire politique la plus cuisante du petit écran (et le seul late night présenté par une femme); la jubilatoire Wrecked, version hilarante (et bien plus réaliste) de Lost qui nous venge de toutes les maladresses et lourdeurs de cette dernière en les tournant en dérision; et l’étonnant People of Earth poétique, iconoclaste, touchant et bien sûr drôle.

  1.  THE DAILY SHOW WITH TREVOR NOAH (COMEDY CENTRAL)

dirigée par Noah depuis septembre 2015

 

Sous-estimé, voire ignoré durant sa première année, Trevor Noah, le successeur de Jon Stewart à la tête de The Daily Show sur Comedy Central a enfin capté, au lendemain des élections, l’attention de l’Amérique progressiste, plus que jamais en besoin d’une catharsis humoristique à ses inquiétudes politiques.

En plus des qualités qu’il partage avec son prédécesseur: une intelligence flagrante, une curiosité érudite et un humour d’une précision chirurgicale, Trevor est aussi un enfant de l’Apartheid et son histoire en fait le satiriste idéal de ce nouveau chapitre de l’expérience Américaine.

Issu d’une union mixte considérée comme criminelle, il a grandi dans une altérité identitaire perpétuelle qu’il a cultivé en voyageant à travers le monde et se frottant à toutes les cultures qui étaient à portée de ses mains. Aiguisant en chemin une vision transversale sur le monde et ses divisions arbitraires. L’histoire de son propre pays lui a aussi appris la valeur de la démocratie ainsi que ses écueils. A présent que le résultat des élections a eu raison de sa pudeur de nouveau venu, il semble prêt à jouer un rôle majeur dans le contre-pouvoir en train de s’établir.

Dans la même catégorie… Tout le monde regarde déjà Last Week Tonight with John Oliver (HBO), mais l’héritage du Daily Show se manifestait aussi dans The Nightly Show (Comedy Central) de Larry Wilmore qui s’est malheureusement arrêté en catastrophe cet été. On se souviendra de ce qu’elle a osé faire: permettre des conversations personnelles et engagées sur des sujets sensibles mais essentiels entre des invités d’une diversité jamais vue jusque là.

  1.  BRAINDEAD (CBS)

créée en 2016 par Michelle et Robert King

 

La réponse sophistiquée, déjantée et politiquement féroce des Kings (The Good Wife) à l’hystérie médiatique de la campagne présidentielle. Exorcisme des démons du pays en crise, BrainDead se sert de la science-fiction pour justifier la folie partisane de Washington due ici à une invasion d’insectes extra-terrestres s’attaquant à la partie du cerveau qui rend le compromis et la conversation rationnelle possible. Magnifiquement écrit, réalisé et interprété (comme tout ce que produisent les King) la série arrive en seulement 13 épisodes à faire rire, peur, nous éduquer sur les vices cachés du système gouvernemental tout en parlant de famille, d’amitié et d’amour.

On n’en voudrait pas aux King de prendre leur retraite pour enseigner à une nouvelle génération de faire de la télévision comme eux.

Si seulement ils avaient pu écrire les 3 autres saisons qu’ils avaient en tête, censées s’attaquer successivement à Wall Street, Silicon Valley et Hollywood.

Dans la même catégorie… Veep (HBO/OCS) est toujours aussi drôle et grinçante et on est pris de sueurs froides quand on entend les véritables habitants des cercles politiques de Washington la citer comme la plus réaliste des séries qui traite des arcanes du pouvoir. Cette dernière saison a justement vu la perte électorale absurde de la première candidate institutionnelle à la présidence… l’ironique similarité avec la réalité promet un re-visionnage douloureux en perspective.

  1. KILLJOYS (SPACE/SYFY)

créée en 2015 par Michelle Lovretta

 

Un Space Opera enthousiasmant, plein d’action, de meta commentaire politique et de mythologie alambiquée, Killjoys suit une bande de chasseurs de prime dirigés par la sulfureuse et mortellement cool Dutch (Hannah John-Kamen) dans une galaxie qui ne ressemble que métaphoriquement à la notre. La série a également une profondeur inattendue et traite des tourments humains avec une subtilité et une audace qui ferait pâlir tous les auteurs de séries prestige du câble américain. Elle bénéficie aussi d’un penchant canadien pour une représentation de la sexualité décomplexée bien loin du paradigme Etasuniens qui ne connaît pas de mi-chemin entre un puritanisme risible et l’exploitante gratuité de la nudité des femmes.

Dans la même catégorie…   Dark Matter, diffusée dans la foulée sur la même chaîne, partage une bonne partie de l’ADN de Killjoys. Elle aussi fait réfléchir, souvent rire, parfois pleurer, et peint un portrait subversif de l’engagement social et politique qui donne envie de se préoccuper de ce qu’il se passe autour de nous.

 

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