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15/06/17
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16/06/17

Colloque : Femmes, de l’objet au sujet : Quand le droit et le militantisme féministe se rencontrent !


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Lieu : 2 Rue du Doyen-Gabriel-Marty, 31042 Toulouse

L’objectif de cette seconde édition sera de s’interroger sur la manière dont le droit et le militantisme féministe se font face, interagissent, s’entrecroisent et se nourrissent l’un l’autre dans différents espaces institutionnels et politique en France et dans d’autres régions culturelles et linguistiques.

Femmes, de l’objet au sujet : Quand le droit et le militantisme féministe se rencontrent !

 

INVITÉE D’HONNEUR :
ANGELA DAVIS

Ce colloque fait suite à « Femmes, de l’objet au sujet : pouvoir politique, discours juridique et égalité professionnelle » qui s’était déroulé en janvier 2015 à UT1 Capitole. 

Victimes d’exclusion et de discrimination, rejetées de la société patriarcale, les femmes sont parvenues au prix de longues luttes, à se frayer un chemin sur la voie de l’inclusion sociale et politique en Occident mais aussi dans d’autres régions du monde. Cette (r)évolution a permis aux femmes de passer du statut subalterne d’objet de représentations sociales à celui de sujet de droit. Le XXème siècle a vu la généralisation du droit de vote aux femmes, l’essor des théories féministes, et l’accès des femmes à l’éducation et au monde du travail ; les barrières à l’emploi se sont estompées, sans disparaître pour autant. Malgré de grandes victoires, de nombreux progrès restent à accomplir. Cette difficile conquête de l’égalité des droits a également généré des interrogations et des paradoxes : d’une part, une égalité des statuts et des chances qui amènerait à l’abolition de la discrimination en termes de genre ; or, la fé minisati on de certains secteurs d’activité, l’inégalité entre hommes et femmes en termes de rémunération, amènent à reposer la question du féminisme comme idéologie, voire réductionnisme. D’autre part, la revendication par certains courants de pensée féministes, rangés sous la bannière de la théorie des genres, d’une spécificité féminine semble contredire la volonté d’abolir les différences et se rapproche davantage de l’essentialisme.


Tout comme il n’existe pas une théorie du genre, le militantisme féministe est aussi varié que contradictoire, bien qu’il fût né sous la bannière d’une cause commune, la dénonciation du rôle ancillaire attribué aux femmes par les institutions et formulé par le droit (Bard, Béranger et al 2013). Les spécialistes distinguent deux tendances qui illustrent la difficile relation entre militantisme féministe et droit : si les associations féministes ont contribué à faire évoluer les mœurs et les institutions (IVG, contraception), elles ne sont pas complètement intégrées aux politiques et à l’élaboration de la loi notamment dans la connaissance de terrain nécessaire à la mise en place de mesures pertinentes (Dauphin 2002).

Tout se passe comme si les réseaux féministes, horizontaux, multiformes et multiples formaient un rhizome plus souvent en opposition avec le système structuré, hiérarchique et arborescent d’un appareil d’état (Deleuze et Guattari 1981). Si la loi reconnaît bien des droits et certaines spécificités aux femmes, elle le fait par la promulgation de mesures dites de « discrimination positive », un terme qui traduit assez mal l’expression anglaise affirmative action, ou par l’adoption de textes législatifs ôtant des barrières légales à la domination des femmes. Le droit est neutre du point de vue du genre, du moins dans un pays de tradition romano-germanique comme la France. Dans les pays de la Common Law, le juge n’est pas seulement le garant neutre de la loi, il s’exprime aussi à titre individuel dans les opinions des grands arrêts des juridictions supérieures comme les Cours d’appel (Courts of Appeal) ou les Cours Suprêmes (Supreme Courts).

Les juges ont une voix distincte, identifiable et, notamment aux États-Unis, politique. Il n’est ainsi pas fortuit que ce soit au sein de la Common Law que la réflexion théorique en droit ait vu se développer une tendance de plus en plu s affirm ée, celle de la Feminist Jurisprudence. Ce mouvement, né dans les Law Schools américaines des années 70 (Scales 1977), s’inspire largement du féminisme militant et cherche à montrer en quoi le droit a contribué à la subordination des femmes et comment y remédier par le droit. Il s’est développé dans la décennie suivante après l’introduction de la doctrine féministe par Martha Fineman comme discipline juridique à part entière à l’Université du Wisconsin en 1984. Ce lien étroit entre militantisme et droit en reflète aussi les lignes de fracture et les positionnements théoriques opposés : modèle libéral égalitaire (liberal equality model) basé sur la recherche de l’égalité entre hommes et femmes par l’octroi de droits (Susan Otkin), modèle de la différence genrée (sexual difference model) prônant la prise en compte par la loi des différences sexuelles, le modèle de la domination (domination) issu du courant de doctrine nommé critic al legal studies, qui cherche à identifier les mécanismes de domination genrée, ethnique, raciale et sociale (Catherine McKinnon), ou encore le modèle anti-essentialiste (anti-essentialist model) qui déconstruit systématiquement la notion d’universalité féminine et féministe et identifie des causes façonnées au prisme de l’intersectionnalité (Matsuda, qui se considère comme une « universitaire militante ») ou encore Mary Joe Frug, qui  prône une approche post-moderniste du droit. L’approche féministe se caractérise également par son pragmatisme : ainsi est née une initiative, celle de rejuger des affaires passées, à l’aide des instruments juridiques disponibles à l’époque du jugement, mais en y appliquant une approche féministe. L’initiative a connu un réel succès dans les juridictions de Common Law. Citons par exemple l’ouvrage Feminist Judgment Project de Hunter, McGlynn et Rackley (2010) au Royaume Uni, ou encore au Canada ou en Australie (Australian Judgment Project de l’Université du Queensland School of Law, dirigé par le Professeur Heather Douglas, Dr Francesca Bartlett, ou Rosemary Hunter de Londres). Cette approche est originale en ce qu’elle combine une réflexion théorique sur la doctrine (mise en avant par Lady Brenda Hale, seule femme nommée à la Cour Suprême du Royaume Uni, qui pose la question de la spécificité de la voix des femmes dans la haute magistrature) et une approche pratique mettant concrètement en lumière les apories du droit en matière de genre. A cela s’ajoute la nature même de ces projets, qui intègrent tous des activistes féministes issues ou non du monde universitaire et des professeures de jurisprudence (terme qui désigne la philosophie du droit). L’intégration du militantisme passe également par le dialogue entre demande institutionnelle de données de terrain et désir des associations de faire remonter des requêtes venues de la base : en France, des associations telles que Osez le féminisme, la Barbe ou l’ANEF (Association  Nationale des Études Féministes) jouent un rôle de préconisation auprès d’institutions comme la Délégation aux droits des femmes de l’Assemblée Nationale (2016), notamment par la publication d’un livre blanc sur le harcèlement sexuel dans l’Enseignement Supérieur.

Ces relations ne sont pas toujours aussi harmonieuses et les associations militantes entretiennent de ce fait un rapport particulier aux autorités en matière de liberté d’expression. Des affaires récentes ont mis en lumière le rôle important joué par les réseaux sociaux dans l’inflexion des politiques gouvernementales et judiciaires (voir la pétition sur la condamnation, en appel de Jacqueline Sauvage, l’appel à intégrer davantage d’auteures dans les programmes de français dans l’enseignement secondaire, la dénonciation de comportements inappropriés au sein de la représentation nationale, revendications de consommatrices). En Grande-Bretagne, on peut citer la journaliste  Caroline Criado Perez, qui avait lancé une campagne pour l’adoption d’une écrivaine (Virginia Woolf) comme emblème d’un nouveau billet de banque, ce qui avait suscité de violentes réactions ainsi qu’un appel au viol sur les réseaux sociaux.  La liberté d’ex pression comme moyen de pression passe ainsi par des formes variées allant de la pétition aux démonstrations plus particulières, comme celles des Femen lors de l’adoption du mariage pour tous en France. Au cœur du problème se trouve l’utilisation du corps féminin dans la sphère publique et revendicatrice, et la difficulté pour le juriste de décider de la limite possible à la liberté d’expression. En effet, les militantes féministes dénoncent régulièrement l’usage social et institutionnel du corps des femmes dans la publicité, dans la loi (viol, avortement, harcèlement) tout en montrant à quel point l’usage militant du corps féminin peut générer des malaises.

Le thème de ce colloque, interdisciplinaire, ne se limite pas au domaine du droit, bien que ce dernier en fournisse l’objet et la réflexion principale : des communications relevant du domaine de l’art, de la littérature, de la civilisation, ainsi que d’autres disciplines relevant des sciences humaines et sociales sont également bienvenues, les organisateurs souhaitant rassembler des spécialistes de différentes disciplines relevant des sciences humaines et sociales autour d’une problématique commune.

Colloque International organisé par l’IFR de Droit, UT1 Capitole
 
En collaboration avec
L’IDP, l’IMH, l’IDETCOM, UT1 Capitole
L’UFRAC, UT1 Capitole
La Faculté de Droit et Sciences Politiques, UT1 Capitole
Les Jeudis du Genre (CAS), UT2 Jean Jaurès
Arpège – Réseau Genre, UT2 Jean Jaurès

Inscription et détail du Colloque

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