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09/11/17
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10/11/17

Youtubeurs, youtubeuses: Figures, formats, savoirs, pouvoirs


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Lieu : Université Françis-Rabelais, IUT de Tours - 29, rue du Pont-Volant Tours, France

Colloque organisé par l'équipe PRIM - Pratiques et ressources de l’information et des médiations à l'Université François-Rabelais, Tours

Objectif du colloque

L’équipe de recherche en sciences de l’information et de la communication Prim (Pratiques et ressources de l’information et des médiations), de l’université François-Rabelais de Tours, organise un colloque de deux jours autour de cette nouvelle figure de la médiation dans le champ des industries culturelles que forment les « Youtubeurs » et les « Youtubeuses ». Le colloque s’organisera autour de quatre axes : le Youtubeur/la Youtubeuse comme figure d’un système médiatique, les formats et les langages développés par les Youtubeurs et les Youtubeuses, le Youtubeur/la Youtubeuse comme médiateur/trice de « savoirs », le Youtubeur/la Youtubeuse comme contre-pouvoir.

 

RESUME

« Coucou tout le monde ! J’espère que vous allez bien. Aujourd’hui, on se retrouve dans une vidéo très spéciale où je vais vous parler de… », dit la voix d’une Youtubeuse qui amorce son programme du jour.

À travers Youtube se diffusent ainsi des milliards d’heures de vidéos, se reconfigurent des médias, se repensent des marques, se re-forment un langage, des gestes et des rites, apparaissent de nouvelles relations entre les dits « Youtubeurs », « Youtubeuses » et leurs publics. « Vous êtes le média » : tel pourrait être, le plus souvent détourné de son sens politique, le message d’un dispositif techno-visuel comme Youtube : vous êtes le tube, le canal de communication. Youtube procède ainsi à une reconfiguration médiatique pour le moment partielle, qui s’insère par de microcapsules dans la vie des usagers.

Artisans d’une production de contenus numériques, le Youtubeur et la Youtubeuse alimentent l’interface info-communicationnelle de toutes sortes d’éléments : musique – ce qui fait de Youtube un véritable Jukebox digital –, séquences humoristiques ou parodiques, recettes et astuces de cuisine, prédications, conseils de vie, dénonciation des pratiques policières (relevant d’une « sous-veillance »), guides d’achat et préconisations commerciales, conseils littéraires, techniques pour draguer les filles (ou éviter le harcèlement de rue), commentaires de jeux vidéos, films, messages politiques… La vie toute entière s’énoncerait-elle désormais par l’intermédiaire des Youtubeurs, en dehors des structures médiatiques traditionnelles ? Acteurs et ressources d’une plateforme médiatique qui centralise des milliards de vidéos, les Youtubeurs et les Youtubeuses seraient-ils les porteurs d’une énonciation singulière ? Un autre acteur devient ainsi le cadre de cette poly-expression, qui encapsule en une architecture disponible pourvue de liens réticulaires les milliards de ressources prêtes à contribuer, opérant l’industrialisation d’une contribution personnelle, considérée comme « amateur » ou profane, à la communication.

Les Youtubeurs et les Youtubeuses paraissent alors les figures d’une énonciation personnelle, équipée industriellement. Ils viennent poster des clips vidéos, des chansons, des recettes de cuisine, essayer un blush, un drone, un jeu vidéo ou comparer les bougies parfumées… De nouveaux genres et formats de vidéos se sont développés, qui méritent d’être étudiés (par exemple, pour les Youtubeuses beauté : les haul, lookbook, unboxing, playlists, room tour, morning routine, tags, vlog, tutoriels make up…). Cette créativité langagière, formelle et narrative associée aux figures et aux formats des Youtubeurs motive également de puissants intérêts stratégiques, qu’il s’agisse de marques partenaires, d’industries culturelles ou de groupes médiatiques, ou d’entités politiques.

Au-delà de l’offre médiatique qu’ils proposent en composant librement leur « programme », les Youtubeurs et les Youtubeuses offrent aussi à ceux qui les « suivent » une relation personnelle, des anecdotes hors-sujet, tout un tissu testimonial qui nourrira la vie de ces derniers, en une « amitié » digitale. La Youtubeuse ne fait pas que montrer un sac « trop bien » : elle raconte l’absence de son père, un voyage en Algérie, sa façon de vivre l’islam… De l’intime et du social surgissent alors de ces bulles médiatiques organisées et distribuées, où circulent des savoirs et des pouvoirs. Comment envisager ces dynamiques d’identification ou d’influence ? Le Youtubeur ou la Youtubeuse semble devenir un véritable compagnon du quotidien, auquel on fait des cadeaux, auquel on poste un commentaire, qui répond aux commentaires, dont on attend la vidéo suivante, que l’on va rencontrer lors d’un meet up ou d’un salon commercial dédié.

Quand il n’est pas vecteur de consumérisme ou de divertissement, le Youtubeur peut aussi choisir comme créneau la transmission de connaissances. Avec lui, on est censé mieux comprendre l’Histoire, les mathématiques ou les langues ; en d’autres mots, explorer une palette allant des savoirs encyclopédiques jusqu’aux conspirations… Alors, le Mossad organise les attentats de Daesh et les Illuminati ont la main sur les billets verts. Les Youtubeurs deviennent les énonciateurs de tous les discours possibles, subjectivés, et adressés à un public parcellisé, pris dans une possible croyance.

Comment penser cette nouvelle architecture médiatique, son langage propre, et ses acteurs ? Qui sont-ils ? Qui les équipe ? À qui s’adressent-ils ? Comment se gère le rapport à leur audience ? Comment se forment-ils ? Quelle est leur esthétique ? Leur matériel technique ? Comment se constituent leurs « chaînes » ? Quel rôle jouent les métriques du web, quand la notoriété et la valeur s’établissent en millions d’abonnés ? Comment s’articulent publicité et contenus proposés ? Quels sont les revenus financiers produits ? Comment les médias reconnaissent-ils ces figures des Youtubeurs et des Youtubeuses, ou s’en inspirent-ils ? Quelle économie se crée ou tire profit de l’émergence de ces nouveaux acteurs péri ou post-médiatiques ? Quelle influence ces vidéos ont-elles sur l’éducation et la formation des jeunes ?

L’équipe de recherche en sciences de l’information et de la communication Prim, Pratiques et ressources de l’information et des médiations, de l’Université François-Rabelais de Tours, organise un colloque de deux jours autour de cette nouvelle figure de la médiation dans le champ des industries culturelles que forment les « Youtubeurs » et les « Youtubeuses ».

L’approche se veut interdisciplinaire et est ouverte, au-delà des sciences de l’information et de la communication, aux sciences humaines et sociales : à la sociologie et à l’anthropologie, à la psychologie, aux sciences du langage et de l’éducation, aux sciences de gestion et à l’histoire, aux sciences politiques, autour de cet objet communicationnel qu’est l’expression sur Youtube par ses acteurs. L’accent sera porté sur la figure du « Youtubeur » et de la « Youtubeuse », et les enjeux iconiques, genrés, langagiers, sociaux, économiques et politiques qui les sous-tendent, en considérant avant tout les phénomènes de communication, d’information et de médiation qui caractérisent les Youtubeurs. Les communications peuvent être monographiques, centrées sur un Youtubeur ou une Youtubeuse, ou sur leurs vidéos, ou bien porter sur un aspect, socio-économique, sémiotique ou politique, et concerner des Youtubeurs de toute langue.

 

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