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RENCONTRE AVEC LA LIBANAISE MYRIAM EL HAJJ : UNE CINÉASTE DANS UN MONDE DE BRUTES

Revue du web

Dans « A time to rest », son premier long métrage, la jeune réalisatrice libanaise Myriam El Hajj s’interroge sur les origines de la violence dans son pays et se demande comment construire son identité de femme dans une société aussi grégaire.
Découvert au printemps dernier à Visions du Réel, prix spécial du Jury au festival de documentaire d’Agadir (FIDADOC), le film sera l’un des temps fort des 13èmes Rencontres cinématographiques de Béjaia* qui démarrent aujourd’hui en Algérie.

A Beyrouth, Riad a ouvert une boutique de matériel de chasse et de pêche. Si les clients sont rares, les amis en revanche, défilent entre ces quatre murs tapissés de fusils : d’anciens compagnons d’armes venus se remémorer leur jeunesse autour d’un café, en attendant la traditionnelle compétition de tir au pigeon dominicale. Tous ont autrefois pris les armes durant la guerre civile… Le contraste entre le calme blasé de ces visages débonnaires et la brutalité de leur parole lorsqu’ils livrent leur part de l’Histoire est saisissant. Ici, quand on parle de héros, on ne sait jamais bien à quelle vieille prouesse il est fait référence : chasse à l’homme ou au volatile ? Intervieweuse habile et tenace, Myriam El Hajj tente de remonter avec ces hommes (dont son oncle) aux origines de cette violence. Elle veut comprendre la nostalgie pour cette époque sanglante de ces « machos », comme elle les décrit elle-même, qui l’inquiètent autant qu’ils la rassurent. En les interrogeant, c’est évidemment aussi sur sa génération que la réalisatrice enquête : peut-on définitivement tourner le dos à un tel héritage ? Comment construire son identité de femme dans une société si grégaire ?

TESS MAGAZINE : A time to rest est votre premier long métrage. Comment êtes-vous venue au cinéma ?

MYRIAM EL HAJJ : Enfant au Liban, je n’ai jamais mis les pieds dans une salle de cinéma. Pour mes parents c’était le lieu où se produisaient tout le temps des attentats. C’est en regardant des films égyptiens à la télévision que j’ai commencé à aimer le cinéma. Puis la grande découverte du cinéma et surtout du cinéma documentaire s’est faite à Paris. Avant, je ne connaissais que la fiction. Mais en rencontrant les films d’Alain Cavalier ou d’Avi Moghrabi par exemple, des gens tellement honnêtes dans leur rapport au monde et au cinéma, j’ai compris que même le plus grand scénariste ne pourra jamais écrire d’aussi belles scènes. A Paris 8, j’ai découvert le cinéma que j’aimerais faire, la famille de cinéma à laquelle je voulais appartenir. Je n’oublierai jamais nos discussions sur Godard, Renoir…

Qu’est-ce qui vous a conduit à poser une caméra dans la boutique de votre oncle ?

Au départ, la curiosité et l’envie de tourner une fiction. Je me rendais souvent dans la boutique de mon oncle et j’étais fascinée par la capacité de ces hommes ayant l’âge de la retraite, à passer dans leurs conversations des sujets les plus légers, aux plus graves, de l’élevage de cochons aux anecdotes de guerre, sans le moindre mélodrame. Je pensais donc raconter l’histoire d’une jeune fille entourée d’hommes si protecteurs qu’elle en venait à suffoquer. Puis le réel a pris le dessus et l’idée d’un documentaire s’est imposée. Pourquoi réécrire des choses et des personnages aussi forts ?

Vous filmez sur un sujet explosif des gens qui vous sont proches. Comment avez-vous trouvé la juste distance par rapport à votre sujet ?

Me faire accepter a pris du temps. Que je passe du temps à la boutique ne les dérangeait pas, au contraire, mais ils faisaient très attention à leurs propos et se retenaient sur beaucoup de sujets, notamment celui des femmes. C’est lorsque je les ai accompagné à la chasse, à leurs parties de tir aux pigeons, que les choses ont changé. Il y avait une dizaine d’hommes et tous n’avaient qu’une seule envie : m’impressionner. Tout en gardant le statut de la petite fille qu’il faut couver, je suis devenue leur confidente. Je suis rentrée dans leur vie comme je le fais dans le film : pas à pas.

« Si demain l’occasion se présente, tous reprendront les armes. »

Votre caméra maintient elle aussi un certaine distance…

Je filme les gens comme je les regarde, ce qui excluait le gros plan car ans la vie jamais je ne m’approcherais aussi près des gens. Je ne souhaitais pas non plus poser la caméra trop loin car je voulais filmer leurs corps : la jambe de mon oncle qui bouge sans cesse, trahissant une angoisse dont son visage ne révèle rien ; son ami, toujours la cigarette à la main… Quant aux scènes de chasse, j’ai voulu respecter le fait que ce soit leur espace de liberté et les laisser se déplacer dans le cadre, orchestrer eux-mêmes la mise en scène.

 

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